Certaines plantes ont légitimement gagné leur réputation grandiose. En tant que l'une des drogues récréatives les plus anciennes, toxines meurtrières et médicaments bénéfiques, la belladone est sans doute l'une des plantes les plus importantes sur le plan historique. Utilisée pour induire des hallucinations, pour tuer, pour la beauté et pour l'extase, la belladone est une plante au passé riche.

 

La grande famille des Solanacées

 

La belladone est si célèbre que les botanistes ont donné son nom à une famille entière de plantes. La famille des solanacées, Solanaceae, abrite certaines des plus belles plantes de jardin. Les tomates, pommes de terre, aubergines et poivrons font tous partie de la famille des solanacées.

La famille Solanaceae est une famille de plantes assez vaste. Elle compte plus de 2 500 espèces. La majorité d'entre elles sont originaires des Amériques. D'un côté, certaines de ces plantes produisent des fruits, tubercules et légumes délicieux. De l'autre, beaucoup d'autres plantes de la famille contiennent des substances toxiques. Cette famille regorge de composés botaniques puissants.

 

tomatoes deadly nightshade

Les tomates sont une plante charismatique de la famille des solanacées.

La plante toxique la plus commune de cette famille est le tabac. Les feuilles du tabac vivant sont en réalité extrêmement puissantes et peuvent provoquer une forme d’empoisonnement chez les travailleurs des champs de tabac.

Moins connues, mais plus toxiques, les plantes de la famille Solanaceae comme la datura, brugmansia, jusquiame et mandragore peuvent causer la mort à faible dose. Certains individus audacieux utilisent ces plantes à des fins récréatives car elles induisent des hallucinations.

En fait, ce groupe de plantes est utilisé à des fins récréatives depuis des millénaires. Les utilisateurs rapportent généralement que ces hallucinations sont assez désagréables. Il est très facile de faire une overdose avec ces plantes sauvages car leurs composés chimiques sont extrêmement puissants. De plus, la concentration de ces composés peut varier considérablement d’une plante à l’autre.

La belladone s’inscrit pleinement dans cette longue histoire, à la fois comme médicament et poison.

 

Deadly nightshade berries

Des baies pendent de la plante de belladone.

 

La plante de la belladone

 

La belladone est originaire d’Europe, d’Afrique du Nord et d’Asie occidentale. C’est une plante herbacée vivace qui atteint environ un mètre à un mètre vingt de hauteur et de largeur. Elle s’est naturalisée dans les zones ombragées de l’est des États-Unis, généralement près des lits de ruisseaux.

Toutes les parties de la plante sont toxiques. Les racines contiennent la concentration la plus élevée de toxines. En automne, la belladone produit des baies noires foncées. Bien que ces baies puissent paraître attrayantes, elles sont dangereuses !

 

Une statue de Dionysos visiblement éméché par le vin.

 

Extase – les cultes de la belladone

 

Les premières mentions de la belladone remontent à l’époque gréco-romaine classique. Le dieu Dionysos, ou Bacchus, était le dieu du vin et de l’extase. Un dieu assez amusant, non ?

Il n’est pas surprenant que Dionysos ait eu ses adeptes. Ce ne fut pas un fandom comme celui de Rocky Horror Picture Show ou Monty Python, mais un véritable culte.

Ce culte était un peu scandaleux. Ils préparaient un vin spécial, appelé vin de Bacchus. Ce vin contenait des raisins, des baies de belladone et d’autres herbes. En groupe, le culte buvait ce vin et entrait dans un état hallucinatoire, comme en transe. On croit que des orgies suivaient souvent les danses. Que pouvait-on attendre d’autre du dieu du vin et de l’extase ?

 

Hallucinations – la belladone et les sorcières

 

Au Moyen Âge, la belladone devint associée aux sorcières et aux enchanteurs. Les sorcières la considéraient étroitement liée au diable lui-même. Elles concoctaient des potions avec la belladone, la mandragore et d’autres plantes toxiques pour la divination. En tant qu’hallucinogènes puissants, il est facile de comprendre que leur utilisation ait conduit certains à penser que les sorcières étaient folles.

Avez-vous déjà pensé d’où venait le balai des sorcières ? Ne cherchez pas plus loin que la belladone. Selon la légende, les sorcières infusaient du suif d’ours avec de la belladone, de la mandragore, de la ciguë et de la jusquiame. Elles appelaient cette pommade « onguent volant », qu’elles s’appliquaient pour provoquer des hallucinations.

Les zones de la peau les plus perméables aux pommades topiques sont les parties génitales. Apparentement, les sorcières utilisaient des balais pour appliquer l’onguent volant à ces endroits.

witch with deadly nightshadeportrait de la Renaissance d’une 

 

Beauté – La Bella Donna

 

À la Renaissance italienne, la belladone connut une seconde vie. Lorsqu’une teinture de belladone est déposée dans les yeux, elle dilate les pupilles. Les pupilles dilatées étaient alors considérées comme l'idéal de beauté. Ainsi, les femmes utilisaient des gouttes de belladone avant les galas et les mascarades pour séduire les hommes.

C’est là que l’on rencontre enfin l’origine du nom scientifique de la belladone, Atropa belladona. En italien, bella donna signifie « belle femme ». Cependant, cette plante qui induit la beauté peut avoir des effets secondaires négatifs. En plus de ses substances neuroactives, l’usage chronique des gouttes de belladone pouvait provoquer la cécité !

Quelques autres noms courants de la belladone incluent cerise du sorcier, baie de la sorcière, herbe du diable, et baie du meurtrier.

 

Une fleur de belladone

 

Meurtre – Macbeth tue avec la belladone

 

Dans la célèbre pièce de Shakespeare Macbeth, les Écossais empoisonnent la réserve de boissons de leurs ennemis avec de la belladone. Les Écossais battent ainsi les Danois par cet acte sournois d’empoisonnement. Il se pourrait que cette intrigue shakespearienne se base sur des faits réels. Le véritable Macbeth aurait empoisonné ses ennemis de façon similaire !

En fait, il était relativement courant à l’époque romaine que des armées tentent d’empoisonner la nourriture et les boissons de leurs ennemis avec de la belladone. La belladone fut peut-être l’une des premières armes biologiques.

 

Soldats de l’Union pendant la guerre civile

 

Médecine – la belladone soigne les soldats de la guerre civile

 

Tous les médicaments sont des toxines à certaines doses. Cependant, bien que ce ne soit pas toujours vrai dans l’autre sens, certaines toxines peuvent aussi faire office de médicaments. La belladone contient des composés médicinaux utiles, ce qui en fit un incontournable de la trousse médicale pendant la guerre civile américaine. Le National Museum of Civil War Medicine indique que « La belladone pouvait être utilisée pour traiter une variété d’affections telles que les névralgies, la coqueluche, la scarlatine, l’asthme spasmodique, les crampes intestinales et pour dilater la pupille des yeux. » En fait, la belladone est utilisée comme anesthésique depuis le premier siècle !

Photo : Schéma du système nerveux parasympathique. La belladone agit en sens inverse des effets listés dans ce diagramme.

Les composés douteux de la belladone

 

Comment la belladone agit-elle réellement sur le corps ? Le composé le plus important dans la plante est l’atropine. Ce composé forme la seconde moitié du nom scientifique, Atropa belladona.

L’atropine est un anticholinergique. Cela signifie qu’il inhibe le neurotransmetteur acétylcholine. L’acétylcholine interagit avec et active le système nerveux parasympathique. Cette partie du système nerveux est responsable de la digestion, de la salivation, de la respiration, du rythme cardiaque et de la miction. En termes simples, les composés de la belladone diminuent la capacité du corps à digérer, saliver, uriner et effectuer d’autres fonctions.

deadly nightshade flower

 

Les effets de l’empoisonnement à la belladone

 

L’empoisonnement à la belladone semble extrêmement désagréable. Selon une étude médicale de 2012, la belladone peut provoquer « hallucinations, psychose, délire agité, convulsions, coma, insuffisance respiratoire ou effondrement cardiovasculaire. »

La même étude notait que chez les enfants, la belladone provoquait « discours incohérent, léthargie, coma et absence de tachycardie, signes inquiétants en cas d’intoxication à la belladone. »

La belladone est si toxique que seulement deux baies peuvent tuer un enfant. Une dizaine de baies suffiraient à tuer un adulte. Une étude clinique de 1911 montra un taux de mortalité de 12 % chez les personnes empoisonnées à la belladone. Même consommer la viande d’animaux ayant mangé de la belladone peut provoquer un empoisonnement !

Cependant, l’invention des respirateurs et la médecine moderne ont grandement réduit depuis le nombre de décès liés à la belladone.

La belladone est-elle finalement un sauveur ?

 

L’atropine est régulièrement utilisée en médecine moderne pour la réanimation. Étant donné qu’elle augmente le rythme cardiaque, l’atropine peut ranimer une personne dont le cœur s’est arrêté. Puisque l’empoisonnement à la belladone conduit très rarement à la mort de nos jours, peut-on vraiment qualifier la plante de mortelle ? Elle sauve peut-être plus de vies qu’elle n’en tue ! Peut-être devrions-nous renommer cette plante afin d’honorer les vies qu’elle a sauvées plutôt que celles qu’elle a prises.